Les colorants alimentaires (E100 à E180) donnent ou restituent la couleur des aliments sans valeur nutritive. On distingue les naturels (curcumine E100, anthocyanes E163) des synthétiques azoïques (tartrazine E102, rouge allura E129). Six d’entre eux portent depuis 2010 un avertissement obligatoire « effet sur l’activité et l’attention des enfants ». Le dioxyde de titane E171 est interdit dans l’UE depuis 2022.
Les colorants sont partout : bonbons, sodas, céréales, charcuterie, vinaigrettes. Leur usage a fortement progressé dans l’industrie agroalimentaire, portée par l’exigence visuelle des consommateurs. Pourtant, un colorant n’apporte aucun bénéfice nutritionnel. Il modifie seulement l’apparence. Certains sont aujourd’hui au cœur de débats de sécurité documentés par l’EFSA et l’ANSES. Ce guide fait le point, code E par code E, et renvoie vers les fiches détaillées de chaque colorant.
Qu’est-ce qu’un colorant alimentaire ?
Un colorant alimentaire est un additif ajouté aux denrées pour donner, renforcer ou restituer une couleur. Il ne doit pas en altérer le goût. Dans l’Union européenne, il porte un code de la lettre E suivie de trois chiffres compris entre 100 et 199.
Le colorant sert trois objectifs. Maintenir une couleur attendue pour rendre l’aliment appétissant. Corriger une couleur dégradée par le stockage ou un traitement thermique. Restituer une teinte perdue à cause de l’exposition à l’air ou à la lumière. La curcumine, extraite du curcuma, donne ainsi un jaune naturel codé E100. Cette logique relève du guide des additifs alimentaires, dont les colorants forment la première famille.
Comment lire le code E d’un colorant ?
Le code E des colorants va de E100 à E180. Le chiffre des centaines (1) indique qu’il s’agit d’un colorant. Le chiffre des dizaines précise la teinte : E100 à E109 jaunes, E120 à E129 rouges, E130 à E139 bleus et violets, E150 à E159 bruns et noirs.
Cette numérotation européenne classe chaque additif par fonction. Les colorants occupent la première centaine, les conservateurs la deuxième (E200 à E299). Un même code recouvre parfois plusieurs variantes : E150a à E150d pour les différents caramels. Le code ne dit rien de l’origine : un E peut être naturel, identique-nature ou synthétique.
Quelle différence entre colorants naturels et synthétiques ?
Les colorants naturels proviennent de végétaux, d’insectes ou de minéraux : curcumine E100, carmin E120, caramel E150, anthocyanes E163. Les colorants synthétiques sont fabriqués par voie chimique, souvent à partir de molécules azoïques dérivées du pétrole : tartrazine E102, rouge allura E129.
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Les colorants naturels rassurent par leur origine, mais ils ne sont pas exempts de risque : le carmin E120, extrait de la cochenille, est un allergène reconnu. Les synthétiques offrent une couleur plus stable, plus pure et moins chère. La sous-famille des colorants azoïques concentre la plupart des controverses actuelles. Elle regroupe notamment la tartrazine, le jaune orangé S, le rouge cochenille A et le rouge allura.
Quels sont les principaux colorants jaunes et oranges ?
Les jaunes et oranges les plus courants sont la tartrazine E102, le jaune orangé S E110 et la curcumine E100. La tartrazine et le jaune orangé S sont des azoïques de synthèse présents dans bonbons, sodas et céréales. Tous deux portent l’avertissement « hyperactivité ».
La tartrazine E102 donne un jaune citron très répandu dans les confiseries, les chips et les boissons gazeuses. Le jaune orangé S E110 colore sauces, fruits en conserve et viennoiseries ; il est cité comme allergène cutané. Pour une alternative végétale, les anthocyanes et la curcumine restent privilégiées.
Quels sont les principaux colorants rouges ?
Les rouges majeurs sont le carmin (rouge cochenille) E120, le ponceau 4R E124 et le rouge allura E129. Le carmin est naturel mais allergène. Le ponceau 4R et le rouge allura sont des azoïques de synthèse soumis à l’avertissement « activité et attention des enfants ».
Le rouge cochenille E120, extrait d’insectes, se retrouve dans charcuteries, yaourts et apéritifs comme le Campari. C’est l’un des rares colorants capables de provoquer un choc anaphylactique chez les personnes sensibles. Le ponceau E124 et le rouge allura E129 colorent sodas, bonbons et boissons sportives. À ne pas confondre avec le ponceau 6R (E126), interdit dans l’UE.
Quels sont les principaux colorants bleus ?
Les bleus de synthèse les plus utilisés sont le bleu patenté V E131 et le bleu brillant FCF E133. Tous deux donnent un bleu vif employé dans confiseries, glaces et boissons. Le bleu patenté V peut provoquer de rares réactions allergiques, parfois utilisées en imagerie médicale.
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Le bleu patenté V E131 sert aussi de traceur en médecine, ce qui explique sa surveillance. Le bleu brillant FCF E133, bleu verdâtre, colore crèmes glacées, soupes déshydratées et petits pois en conserve. Combinés à des jaunes, ces bleus produisent les verts artificiels des bonbons.
Quels sont les colorants bruns et naturels d’origine végétale ?
Le caramel E150 est le colorant brun le plus utilisé au monde, présent dans les colas, sauces et bières. Les anthocyanes E163, pigments rouges et violets extraits de fruits, offrent une alternative naturelle aux rouges de synthèse.
Le caramel E150 existe en quatre variantes (E150a à E150d) selon le procédé de fabrication ; certaines libèrent du 4-méthylimidazole, surveillé par l’EFSA. Les anthocyanes E163, issues du raisin, du chou rouge ou de la myrtille, séduisent l’industrie « clean label » car elles évitent les azoïques controversés.
Pourquoi six colorants portent-ils l’avertissement « hyperactivité » ?
En 2007, l’étude de Southampton (McCann et al., publiée dans The Lancet) a observé un possible effet sur l’hyperactivité d’enfants exposés à six colorants : tartrazine E102, jaune de quinoléine E104, jaune orangé S E110, azorubine E122, ponceau 4R E124 et rouge allura E129.
Après réévaluation, l’EFSA a jugé les preuves limitées et n’a pas réduit les doses journalières admissibles. L’Union européenne a néanmoins imposé, depuis le 20 juillet 2010 (règlement CE n° 1333/2008), une mention obligatoire sur les emballages : « peut avoir des effets indésirables sur l’activité et l’attention chez les enfants ». Ces six colorants, dits « de Southampton », restent autorisés mais signalés. Si votre enfant présente un comportement agité, choisir des produits sans ces additifs est une précaution raisonnable.
Quels colorants sont interdits ou retirés dans l’union européenne ?
Le dioxyde de titane E171 est interdit comme additif alimentaire dans l’UE depuis le 8 août 2022 (règlement 2022/63), l’EFSA ne pouvant exclure un risque de génotoxicité. Le ponceau 6R E126 est interdit de longue date. La France avait retiré le E171 dès 2020.
Le dioxyde de titane E171, blanc opacifiant utilisé dans bonbons et chewing-gums, a été réévalué par l’EFSA le 6 mai 2021. Conclusion : sa sécurité ne peut plus être garantie, notamment à cause de nanoparticules dont l’effet sur l’ADN reste incertain. Son usage dans les médicaments reste toléré faute d’alternative. Le ponceau 6R E126, rouge interdit, illustre que la réglementation européenne écarte les colorants soupçonnés d’effets cancérogènes ou allergisants graves.
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Les colorants alimentaires sont-ils dangereux pour la santé ?
Pour la majorité de la population et aux doses autorisées (DJA exprimée en mg/kg de poids corporel), les colorants approuvés ne présentent pas de danger avéré. Les risques concernent surtout les allergies, les enfants sensibles aux azoïques, et les consommations très supérieures à la DJA.
Le lien entre colorants et cancer reste, selon l’EFSA, faiblement étayé chez l’adulte. Les effets les mieux documentés sont allergiques : eczéma, urticaire, asthme ou, rarement, choc anaphylactique avec le carmin E120 ou le rocou E160b. Respecter la DJA fixée par la Commission européenne et privilégier des aliments peu transformés limite l’exposition. Cuisiner soi-même reste le moyen le plus simple de réduire l’apport en colorants de synthèse.
Comment limiter les colorants de synthèse au quotidien ?
Limitez les produits ultra-transformés (sodas, confiseries, plats préparés), riches en colorants azoïques. Lisez les étiquettes et repérez les codes E102, E104, E110, E122, E124, E129 et leur mention d’avertissement. Privilégiez les colorants naturels comme la curcumine, le caramel ou les anthocyanes.
Vérifiez la liste d’ingrédients : l’avertissement « activité et attention chez les enfants » signale immédiatement un colorant de Southampton. Préférez les sources naturelles pour la pâtisserie maison. Les gourmandises industrielles et fast-foods concentrent l’essentiel de l’exposition. Pour comprendre les autres familles d’additifs, consultez le guide des additifs alimentaires et la page dédiée aux conservateurs.
Sources : EFSA — évaluation de l’étude de Southampton sur additifs et comportement de l’enfant ; EFSA — colorants alimentaires et changements comportementaux ; Commission européenne — interdiction du dioxyde de titane E171 (règlement 2022/63) ; ANSES — dioxyde de titane ; SPF Santé publique — interdiction E171 au 8 août 2022.